Silent Red Alert (1)

Julie Sas

@ Carreau du Temple


How to disappear, how to be opaque, disembodied, unauthentic, how to «escape the face »(2), how to expropriate yourself, your name, your identity, how to only be approached by peripheries, how to think, live and act on a speculative mode, how to fantasize, how to turn yourself into a conceptual character, how to speak silently, how to speak saying nothing, how to drop out, how to be discreet, how to create non-spaces and horizontal societies, how to exhibit ?

Comment échapper aux régimes de visibilités de nos sociétés contemporaines ? Comment mettre en oeuvre une pensée et une éthique de la soustraction, potentielles et critiques, dans un monde où tout s’accumule et se valorise ? Comment quitter l’ordre de la monstration (de soi) et de la surveillance généralisée, pour exister ailleurs et autrement ? Cette étude entend analyser quelques modes d’existence et d’apparence qui ont la particularité de problématiser les processus de subjectivation qui découlent de nos rapports aux dispositifs. Ainsi, l’anonymat, l’invisibilité, la disparition, la fuite, le secret, le silence, recoupent autant de possibilités, d’éthiques, d’actes et de positions politiques, de formes de résistance à un paradigme contemporain qui veut confondre ou assimiler l’être et le paraitre, d’une part, et la valeur et la visibilité de l’autre.

Ouvert à tous.te.s sur inscription
julie.sas@hotmail.fr
Prochain rendez-vous : 23 mai 2017 à 18h30

S’appuyant sur l’étude d’un corpus hétérogènes de figures, artistes, auteurs, musiciens, activistes, collectifs ou encore personnages fictifs – L’homme sans qualité (Robert Musil), Monsieur Teste (Paul Valéry), The Residents, the Anonymous, Philippe Thomas, Lee Lozano, Michel Foucault, Le Comité Invisible, The Guérilla Girls, Paul Devautour,… – , cette recherche s’intéresse à des formes ouvertes d’anonymat, d’invisibilité, ou de retraites, recoupant différentes stratégies, modalités d’existence et modes d’énonciation. Ainsi, si l’anonymat, dans le cadre de cette étude, peut concerner des effets concrets ou symboliques de disparition, d’invisibilité, de fuite ou d’altération d’identité (impliquant des problèmes conjoints d’incarnation, d’authenticité, et de vérité, mais aussi un potentiel fictionnel), il peut également renvoyer à des opérations langagières dénotant d’un usage de la langue radicalisé, prenant en charge l’invisible (« opacité », silence ou façons de ne rien dire, fabulation, cryptage,…), ou encore à des pratiques sociales et politiques qui visent l’invention d’une nouvelle éthique, de nouvelles formes d’activisme et une redéfinition du collectif. Un des axes de recherche de cette étude s’attache par ailleurs à repenser la question de l’exposition dans le champ de l’art, qui, appréhendé dans toute sa polysémie, semble ouvrir certaines perspectives théoriques et pratiques pour de nouveaux modes de visibilité et d’implémentation de l’art contemporain.

Cette recherche, présentée sous la forme d’un séminaire dans le cadre du programme « The Long Love Letter », organisé par The Cheapest University, s’appliquera à mettre en place des temps d’échange et d’écriture, axés sur l’exercice de la spéculation, dans la visée d’élaborer, à terme et collectivement, une sorte de « théorie de l’obscurité ».

(1) « BRUCE HAINLEY: Before we launch into the ’80s, a little back story. When you mounted your landmark exhibition at White Columns, in New York, in 1986, on the heels of your being in Bob Nickas’s 1985 show “Production Re: Production,” it had been over a decade since your last shows–“Studies for Warhols’ Marilyns Beuys’ Actions and Objects Duchamps’ Etc. Including Film,” at the Everson Museum of Art, in 1973, and your Joseph Beuys show the following year. Were you making art during that period?STURTEVANT: Totally, totally out of the art world from 1974 until 1985 or so. I was writing, thinking, playing tennis, and carrying on. My art, with its burden of being devised by conceptual thinking, was not banging against my head but in silent red alert. » Sturtevant Talks to Bruce Hainley, Artforum, March 2003

(2) « Défaire le visage » Deleuze et Guattari, « Mille plateaux, capitalisme et schizophrénie »